bouddhisme-thailande.com

  • Augmenter la taille
  • Taille par défaut
  • Diminuer la taille

5

Les cinq préceptes


Lorsque des laïques venaient directement demander au Bouddha s'il pouvait leur indiquer le chemin menant aux plans d'existence divins, il leur répondait qu'en appliquant les « cinq préceptes » et en prenant les « trois refuges* » ils pouvaient affirmer avec certitude :

La voie vers l'enfer a été coupée, la voie vers les naissances animales a été coupée, la voie vers le monde des esprits malheureux a été coupée, la voie vers les mondes de malheurs, vers le malheur, vers les destinations malheureuses, a été coupée. Je suis entré dans le courant. Il est sûr que je ne suis plus destiné à retomber. Je suis destiné à atteindre l'Eveil.1

Le Bouddha ne refusait jamais d'enseigner aux laïques la partie minimale de sa doctrine, celle qui « permet d'atteindre le bien être et le bonheur dans cette vie même et au-delà de cette vie présente » .2
C'est l'objet principal de quelques suttā3 , en fait assez peu nombreux dans la mesure où la préoccupation première du Bouddha n'était pas d'expliquer la manière dont la vie ordinaire devait être menée, mais de diriger les disciples vers les plus hauts sommets du progrès intérieur et l'abolition définitive de la souffrance.

Pour les laïques hommes et femmes, cette morale minimale est ainsi résumée :

Les 5 préceptes (pañcasīla)4 à respecter en permanence :
1) s'efforcer de s'abstenir de tuer
2) s'efforcer de s'abstenir de voler
3) s'efforcer de s'abstenir d'avoir des relations sexuelles illicites
4) s'efforcer de s'abstenir de mentir
5) s'efforcer de s'abstenir de consommer des boissons troublant l'esprit

Le respect de ces préceptes peut être accentué les jours de fêtes, de nouvelle ou de pleine lune (uposatha), et/ou lorsque l'on séjourne dans un monastère :

Les 8 préceptes (aṭṭhaṅga-sīla) :
1) à 5) les cinq préceptes, le 3) se transformant en abstinence complète
6) s'efforcer de s'abstenir de se nourrir après midi
7) s'efforcer de s'abstenir de danser (de chanter, d'assister à des spectacles, de se parer)
8) s'efforcer de s'abstenir d'un lit trop confortable

Les 10 préceptes (dasa-sikkhāpada)5 , si possible, dans les mêmes circonstances :
1) à 8) les huit préceptes
9) s'efforcer de s'abstenir de manipuler de l'argent
10) s'efforcer de s'abstenir de parures et de parfums (dans ce cas séparée de l'abstention des spectacles)

Ces préceptes permettent tout simplement de mener une vie correcte : il ne s'agit ni de commandements divins, ni de pratiques singulières destinées à s'identifier comme communauté en marquant sa différence avec le reste de la société, ni d'une morale extrême. Le fil conducteur unique est le souci est de créer le meilleur environnement individuel et collectif possible pour sa propre progression spirituelle et pour celle des autres.
Quitte à alourdir le style de ces préceptes, le respect des termes exacts « s'efforcer de s'abstenir de » nous permet de souligner que le poids moral et l'aliment du kamma résident bien dans la volition, c'est à dire dans l'intention : même si les contraintes du réel font que le résultat pourra ne pas être parfaitement atteint, l'intention correcte portera ses fruits. Pour les laïques, il n'y a donc pas de « faute » (et encore moins de « péché »), il n'y a que des erreurs ou des errements plus ou moins intentionnels dont ils doivent et devront eux-mêmes assumer les conséquences.
Il faut de ce fait insister sur le fait qu'il doit s'agir d'une pratique réelle, comprise, consentie, suivie, et non de rituels de pure forme ; il ne sert à rien de « prier », il est préférable d'agir :

Il existe, maître de maison, cinq choses désirables, plaisantes, agréables, qui sont rares dans ce monde. Quelles sont ces cinq choses ? Ce sont une vie longue, la beauté, le bonheur, la renommée et la re-naissance dans un plan d'existence élevé. Mais, maître de maison, je n'enseigne pas qu'on puisse obtenir ces cinq choses par la prière ou par les vœux. Si on pouvait les obtenir par la prière ou les vœux, qui s'en priverait ?
Pour un noble disciple, maître de maison, qui souhaite avoir une longue vie, il ne sert à rien de prier pour une longue vie ou de prendre plaisir à le faire. Mieux vaut qu'il suive un chemin menant à une longue vie. En suivant un tel chemin, il obtiendra une longue vie, humaine ou divine.
(…) Pour un noble disciple, maître de maison, qui souhaite avoir une renaissance dans un plan d'existence élevé, il ne sert à rien de prier pour une renaissance paradisiaque ou de prendre plaisir à le faire. Mieux vaut qu'il suive un chemin menant à une renaissance paradisiaque. En suivant un tel chemin, il obtiendra une renaissance dans un plan d'existence élevé.6

Le premier précepte
Le disciple doit tout d'abord s'abstenir de prendre la vie (pāṇātipāta). Cette abstention ne se limite pas au meurtre d'autres êtres humains et s'étend beaucoup plus largement à tous les « êtres vivants », compris de fait comme les « êtres conscients » (sattā) :

Il évite de prendre la vie et s'en abstient. Sans bâton et sans épée, conscient, plein de sympathie, il désire le bien de tous les êtres vivants.7

Comme nous l'avons déjà vu, ce qui est visé ici est l'acte délibéré de destruction de la vie suscité par l'aversion ; ce qui signifie que donner la mort sans intention est sans effet en termes de kamma ; il s'agit là d'un principe général, que la tradition8 nuance en fonction de l'être détruit et de sa qualité spirituelle (du moustique au moine), du motif de l'acte (de l'euthanasie au crime de masse), de la relation entre celui qui tue et celui qui est tué (du meurtre d'un inconnu au parricide) et de l'intention de celui qui commet l'acte (d'une quasi absence d'intention à la haine la plus radicale).
Inversement l'intention de tuer, même non suivie de succès, est lourde de kamma négatif.

Le deuxième précepte
Le disciple doit ensuite s'abstenir de voler ou plus précisément de « prendre ce qui n'est pas donné » (adinnādāna), une formulation parfaitement adaptée aux bhikkhū dont l'une des règles de vie stipule qu'ils ne peuvent utiliser que ce qui leur a été formellement donné.
Cette abstention permet de développer deux vertus importantes, une vertu sociale, l'honnêteté, et une vertu utile au cheminement spirituel, celle de se contenter de ce que l'on a, ce qui, pour les renonçants est réduit au plus strict minimum.

Le troisième précepte
Le disciple doit s'abstenir d'inconduite sexuelle (kāmesu micchā-cāra). Même si cette abstention a une incontestable portée familiale et sociale, elle vise principalement un but plus spirituel : en freinant la tendance naturellement expansive du désir sexuel, elle permet de faire un grand pas dans la direction d'un renoncement plus complet.
Pour les laïques, cette abstention ne concerne que les relations sexuelles avec des partenaires illicites ; l'important résidant dans l'intention et la force du désir dans laquelle elle s'enracine, les débats subtils et relativistes (dont on devine l'intérêt pratique pour les intéressés) sur ce qui est ou non « sexuel » et sur ce qui est ou non « illicite », sont sans grand portée. Dans une optique bouddhiste, l'une des clefs pour trancher ce débat est qu'il faut s'abstenir de tout ce qui, pour des motifs sociaux, culturels, légaux, est susceptible de semer le trouble dans l'esprit et la discorde à l'extérieur, et de ce fait susceptible de perturber la progression spirituelle.
Au temps du Bouddha, et par voie de conséquence dans les textes canoniques, quatre catégories de femmes ne devaient pas être convoitées par les hommes : les femmes déjà mariées ; les femmes mineures en âge ou les « mineures sociales » considérées comme «placées sous la protection» de leurs proches ; les religieuses ayant fait vœu de célibat ; les femmes interdites par la loi ou la coutume (comme les proches parentes ou les condamnées). Les femmes, de leur côté, ne pouvaient désirer un autre homme que leur mari, tout comme elles ne pouvaient convoiter un proche parent ou un homme voué au célibat.
Il fat souligner au passage la parfaite égalité des hommes et des femmes en matière de respect des préceptes de moralité, y compris dans le domaine de la sexualité : le Bouddha ne partageait pas l'opinion, largement répandue dans l'Inde traditionnelle − et bien au-delà ! − que la relation sexuelle est le résultat d'une tentation de l'homme par la femme ; ce refus de la diabolisation s'adresse également aux bhikkhū auxquels il est simplement conseillé de considérer les femmes, selon leur âge, comme une mère, une sœur ou une fille, ceci permettant d'éviter la tentation éventuelle sans pour autant jeter l'anathème sur son objet.

Il est également important de souligner une différence essentielle entre le bouddhisme et la plupart des autres religions : dans les cas d'union forcée ou de viol, la faute morale et le poids du kamma négatif sont tout entiers du côté de l'auteur de l'acte, non de la victime. La notion de «provocation», si longtemps et souvent utilisée pour opérer des déplacements de responsabilité, n'est pas retenue par le bouddhisme : nombre de textes donnent des exemples de provocations, de la part de nymphes ou de jeunes femmes, destinées à détourner un renonçant du droit chemin (les tentatives émanant de jeunes gens ou de divinités masculines sont également présentes) ; ces textes ne s'intéressent jamais aux tentatrices (ou aux tentateurs), simples victimes de leurs désirs, mais à la qualité des réactions de ceux (et celles) qui ont été soumis(es) à la tentation.

Le quatrième précepte
Il correspond de fait à la « parole juste » (sammā vācā) du « noble sentier octuple ».
Le Bouddha répartit la « parole juste » en quatre catégories – l'abstention du mensonge, l'abstention de la calomnie, l'abstention des paroles dures et l'abstention du bavardage. Bien que les effets de la parole soient moins immédiatement évidents que ceux de l'action physique, ils ne doivent pas pour autant être sous estimés : la parole comme sa prolongation écrite peuvent avoir des conséquences considérables, tant personnelles que collectives.
La première forme de parole juste est d'abord présentée sous forme d'une abstention dans la mesure où, ici aussi, il est pédagogiquement préférable de partir de la réalité d'une tendance naturelle au mensonge (musāvāda) dont le disciple devra se départir. Les démonstrations du Bouddha n'omettent cependant jamais le versant positif de ce précepte, le fait de dire la vérité :

Il faut éviter le mensonge et s'en abstenir. Il faut dire la vérité, être fidèle à la vérité, fiable, digne de confiance.9

Aucune exception à ce principe n'est acceptable ; même un mensonge destiné à faire plaisir ou à ne pas causer de souffrance est négatif. Si dire une vérité peut provoquer de la souffrance, il est préférable, à l'exemple du Bouddha, de choisir le silence.

Par conséquent, il ne faut jamais, en le sachant, dire de mensonge, que ce soit pour son propre bien, pour celui d'une autre personne ou pour quelque bien que ce soit.10

« En le sachant » est une précision importante : comme pour toute action, le facteur déterminant est l'intention. Le mensonge non intentionnel est sans conséquence éthique ou spirituelle ; le mensonge porteur d'effets est celui qui repose sur le désir (mentir pour en tirer bénéfice), sur l'aversion (mentir pour nuire) ou sur l'égarement (le mensonge irrationnel ou compulsif, l'exagération intéressée, le mensonge pour plaisanter).11
Pour le Bouddha, le mensonge doit être évité car il est dévastateur pour la cohésion sociale en général, et pour celle de la communauté des moines en particulier. Beaucoup plus profondément, le Bouddha enseigne que la sagesse est la réalisation de la vérité (sacca), c'est-à-dire des choses telles qu'elles sont : dire la vérité établit une correspondance entre notre comportement et la voie vers la libération ; de ce fait, bien plus qu'un principe éthique, la dévotion pour la parole vraie est une façon de nous situer dans la réalité plutôt que dans l'illusion, de nous situer dans la vérité marquée par la sagesse plutôt que dans les fantasmes tissés par le désir.
La seconde forme de « parole juste » est l'abstention de la calomnie, elle aussi facteur de discorde, et la pratique de son contraire, les paroles de concorde :

Il évite la calomnie et s'en abstient. Ce qu'il a entendu ici, il ne le répète pas là-bas pour ne pas y causer de dissension ; et ce qu'il a entendu là-bas, il ne le répète pas ici pour ne pas y causer de dissension. Ainsi, il réunit ceux qui sont divisés et il encourage ceux qui sont unis. Il se réjouit de la concorde, il se plaît et est heureux dans la concorde ; c'est la concorde qu'il répand par ses paroles.12

La troisième forme de « parole juste » est l'abstention de toute parole dure, tant dans la forme (les paroles criardes) que dans le contenu (les propos sévères ou insultants) et la pratique de son contraire :

Il évite les paroles dures et s'en abstient. Il prononce des mots doux, agréables à l'oreille, affectueux ; de tels mots vont droit au cœur, ils sont polis, amicaux et agréables pour tous.13

La quatrième forme de « parole juste » est l'abstention du bavardage, des paroles superficielles, et la pratique de son contraire :

Il évite le bavardage et s'en abstient. Il parle au bon moment, en rapport avec les faits, il parle de ce qui est utile, il parle du Dhamma-Vinaya ; sa parole est comme un trésor, prononcée au moment opportun, accompagné par la raison, modérée et sensée.14

Si, au temps du Bouddha, ce précepte devait fonder un comportement essentiellement individuel, les développements technologiques exigent aujourd'hui que l'on étende le rejet de la « parole injuste » au flot d'informations sans intérêt, de publicités tapageuses, de bruits en tous genres déversé par les médias modernes : il s'agit bien là en effet, au sens propre, de « distractions ».

Le cinquième précepte
L'accent mis sur la vigilance – appamāda – par le bouddhisme rend particulièrement pertinente la prohibition des boissons alcoolisées, une prohibition par ailleurs commune à la quasi-totalité des grandes religions.
Ici encore, on pourrait nuancer en distinguant l'addiction et l'abus, sources d'une aggravation de l'illusion et de toutes sortes de dérives sociales, d'une consommation modérée. Mais en tout état de cause, pour le disciple engagé sur la voie spirituelle, ce sacrifice là est particulièrement minime.

 

1Veḷudvāreyya-sutta (S/SAṂ V/11/1/7n° 1003)
2Dīghajāṇu-sutta (S/AṄG VIII/6/4/n°54)
3Le plus complet, véritable code de discipline laïc, est le Siṅgāla-sutta (S/DĪG III/8)
4Mahānāma-sutta (S/AṄG VIII/3/5/n°25)
5Dasasikkhāpada (S/KHU I/2)
6Iṭṭha-sutta (S/AṄG V/5/3/n°43)
7Cunda-sutta (S/AṄG X/4/2/10/n°176)
8Le Suprême Patriarche de Thaïlande du début du XXe siècle, Son Altesse Royale le Prince Vajirañanavarorasa, traite cette matière de façon exhaustive dans son ouvrage traduit en langue anglaise :
Pancasila-Pancadhamma (Five Precepts - Five Ennoblers), Mahamakuta Foundation, Bangkok.Cunda-sutta (S/AṄG X/4/2/10/n°176)
9Cunda-sutta (S/AṄG X/4/2/10/n°176)
10Cunda-sutta (S/AṄG X/4/2/10/n°176)
11Ambalaṭṭhikarāhulovāda-sutta (S/MAJ II/2/1)
12Cunda-sutta (S/AṄG X/4/2/10/n°176)
13Cunda-sutta (S/AṄG X/4/2/10/n°176)
14Cunda-sutta (S/AṄG X/4/2/10/n°176)

Vous êtes ici : Bouddhisme Enseignements Les cinq préceptes