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Les treize austérités

Au temps du Bouddha, les moines étaient des ascètes errants, n'ayant d'autre toit que le feuillage des arbres au pied desquels ils faisaient halte, vêtus de tissus offerts ou plus souvent ramassés dans la poussière, la tête rasée, ne mangeant qu'une seule fois par jour, avant midi, le peu de nourriture obtenue durant leur tournée matinale. L'essentiel de leur temps était passé à méditer. Pendant les trois mois de la saison des pluies qui rendaient tout déplacement impossible, les moines demeuraient par petits groupes en un même endroit, habitant des abris légers dispersés dans un parc. Dans leur grande majorité (une minorité poursuivant la vie des ascètes errants) les religieux bouddhistes ont cependant très vite adopté une vie plus sédentaire. Leur vie est devenue moins rude, différente surtout dans son organisation en raison des relations plus nombreuses et plus étroites tissées avec les laïques : dépendant entièrement de ceux-ci pour leur subsistance, ils ont été progressivement entraînés dans un système d'obligations reposant sur des échanges de dons et de services entre eux et les fidèles. Aux dons de cinq sortes – nourriture, vêtement, logement, mobilier, médicaments – des laïques, les moines doivent dorénavant répondre par le « don de la doctrine », c'est-à-dire la prédication et les conseils moraux.
Il existe cependant des moines que leur histoire, leurs aspirations personnelles ou leur stade de progression spirituelle, incitent à poursuivre, temporairement ou de façon durable, une voie beaucoup plus rigoureuse, celle des 13 austérités (dhutaṅgā) autorisées par le Bouddha1 :
► se vêtir de tissus jetés
► ne posséder que trois robes
► se nourrir exclusivement d'aumônes
► mendier de maison en maison sans les choisir
► ne prendre qu'un repas par jour
► n'utiliser qu'un seul bol (par conséquent ne pas trier les aliments donnés)
► refuser toute nourriture supplémentaire
► demeurer dans la forêt
► résider au pied d'un arbre
► demeurer en plein air
► demeurer dans un cimetière ou un charnier
► accepter le premier logement attribué dans un monastère
► ne jamais se coucher2

Certaines de ces pratiques sont mutuellement exclusives et nous pouvons déduire des usages constatés de nos jours que la majorité des moines ne les ont jamais pratiquées toutes à la fois, ni en permanence.
De tout temps et aujourd'hui encore, dans tous les pays où s'est répandu le bouddhisme, certains de ses disciples ont volontairement choisi l'existence la plus rude : ces ascètes (āraññakā), retirés dans des endroits écartés de forêt ou de jungle, souvent dans des grottes de montagne, observent rigoureusement les austérités et se livrent densément à la méditation. La Thaïlande les dénomme Phra thudong (« vénérable ascète ») ou Phra thudong kammathan (« vénérable ascète méditant »).
A ceux qui estimaient de telles pratiques peu conformes à sa « voie moyenne », le Bouddha répondait avec son habituel pragmatisme :

Je ne dis pas que tout ascétisme doit être pratiqué, pas plus que je dis qu'aucun ascétisme ne doit être pratiqué (…) Si, lorsqu'une forme d'ascétisme est pratiquée, les qualités indésirables augmentent et les qualités désirables diminuent, alors je vous dis que cette sorte d'ascétisme ne doit pas être poursuivie.3

Il faut cependant remarquer que ces austérités peuvent être pratiquées pour toutes sortes de mauvaises raisons, comme le désir de paraître parfait ; d'où un étonnant paradoxe : plus un renonçant démontre son indifférence envers le confort du monde, plus il impressionne les laïques et plus il reçoit leur soutien ; une occasion en or pour les hypocrites. Ceci justifie la règle de l'interdiction de faire état publiquement de ses pratiques austères, parallèlement à l'interdiction de parler de ses progrès spirituels et de ses éventuels pouvoirs paranormaux.
Les austérités n'ont donc bien évidemment d'intérêt que si elles sont entreprises pour cultiver la capacité à se contenter du minimum ; et elles doivent être pratiquées sans ascétisme stéréotypé.
Les treize dhutaṅgā représentent la limite au-delà de laquelle se situent les mortifications condamnées par la tradition des Therā. En tout état de cause, la tendance à l'extrême ascétisme ne fut jamais un problème dans l'histoire du bouddhisme, contrairement à ce qui se produisit parmi les hindous ou les jaïns.

 

1Sappurisa-sutta (S/MAJ III/2/3/n°106)
2Visuddhimagga II
3Vajjiyamāhita-sutta (S/AṄG X/10/4/n°94)

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