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Les trois Corbeilles


Les textes ont été rassemblés par les maîtres du Theravāda pour constituer le « Canon » pāli. Trois mois après la disparition du Bouddha, le Vénérable Mahākassapa réunissait le premier concile du Saṅgha (saṅgāyana) destiné à colliger les règles de discipline et les enseignements afin qu’ils puissent dorénavant, sans déviation, être appris par cœur, récités et pratiqués. Le Canon prit sa forme actuelle lors du troisième concile tenu aux environs de -250 dans la capitale du royaume de Magadhā, sous le règne du grand empereur Aśoka. Transmis oralement depuis les origines, il ne prit une forme écrite qu’à l’issue du quatrième concile tenu à Sri Lanka en -96.
Le Canon est composé du Tipiṭaka (ti, « trois » ; piṭaka, « corbeilles ») et de commentaires anciens. Cet ensemble est principalement divisé en collections (nikāyā), sections (nipātā), groupes (vaggā) et articles (suttā) ; son contenu est composé de discours (suttā), de mélanges de prose et de vers (geyyā), d’exposés solennels (veyyā karaṇā), de stances ou strophes (gāthā), d’exclamations ou propos (udānā), de citations (itivuttakā), de récits des vies antérieures du Bouddha (jātakā), de récits de phénomènes extraordinaires (abbhuta-dhammā), d’explications longues (vedallā) ou de leçons résumées (khuddaka-pathā).

1) La corbeille de la discipline (vinaya-piṭaka)

Cet ensemble comprend tous les textes ayant trait aux règles de conduite gouvernant la vie quotidienne au sein des communautés monastiques. On remarquera que le Theravāda place le Vinaya en tête de ses textes canoniques : sans la discipline, il n’y aurait en effet pas de communauté et par conséquent ni préservation ni transmission des enseignements.
Le Vinaya n’est pas un code juridique élaboré de manière systématique mais le résultat d’une accumulation de cas concrets :

- Vénérable, est-ce que le Bouddha savait et voyait tout ?
- Oui, ô Roi.
- En ce cas, pourquoi n’a-t-il prescrit qu’au fur et à mesure les règles de discipline pour ses disciples ?
- Ô Roi, connais-tu un médecin qui connaît tous les remèdes ?
- Oui, Vénérable.
- Fait-il boire un remède à son malade en temps utile ou n’importe quand ?
- Au moment utile, Vénérable.1


Le Vinaya est plus qu’une simple liste de règles, puisqu’il donne également l’origine de chacune de ces règles en rapportant le récit détaillé de la réponse apportée par le Bouddha aux questions destinées à maintenir l’harmonie et la moralité au sein de la communauté, à accroître le nombre des disciples et le bien des non disciples. Lorsque le Bouddha est représenté comme désapprouvant quelque chose, il commence par dire que ceci n’est pas favorable à l’accroissement du nombre des disciples ; il édicte ensuite une règle qu’il accompagne d’une série de dix raisons.
La forme actuelle du Vinaya, en cinq parties, est peut être le produit d’une compilation ultérieure, mais il y a peu de doute sur le fait que son contenu est très ancien et que la majorité des règles et décisions proviennent du Bouddha lui-même ; la confection de cet ensemble fut de toute évidence attentive et rigoureuse comme en témoignent sa grande cohérence interne et ses correspondances avec les suttā.
Si l’on tient compte de toutes les combinaisons possibles des règles que le Bouddha a ainsi établies, on peut en dénombrer… 15 045 180 ! Dans la pratique, les moines n’utilisent qu’un résumé en 227 règles, le Pātimokkhā (de pāti, « protéger » et mokkha, « l’émancipation », « la libération »), en quelque sorte la table des matières du Vinaya ; c’est lui qui fait l’objet d’une récitation bimensuelle et fixe le cadre de la confession et de la sanction des fautes. Son rôle central permet même de définir l’ordre Theravāda dans la mesure où le principal point commun entre toutes ses lignées et sous-lignées est l’utilisation du même Patimokkhā ; les éventuelles divergences se limitent à l’interprétation de ces 227 règles et aux très rares points non couverts par le code.
Pour certains chercheurs cette liste est le noyau originel du Vinaya, pour d’autres elle n’en est qu’un résumé tardif ; le Patimokkhā actuel du Theravāda, dans sa forme et dans son usage, est celui de la tradition du Mahāvihāra telle qu’issue de la grande rénovation ceylanaise du XIIe siècle menée par le roi Parakkama-Bāhu Ier et progressivement diffusée, via Pagan (Birmanie), dans toutes les contrées du Theravāda.


2) La corbeille des discours (sutta-piṭaka)


Cet ensemble recueille tous les enseignements fondamentaux du Theravāda, attribués au Bouddha lui-même et à ses disciples les plus éminents (en particulier à Sāriputta), le plus souvent sous la forme de dialogues vivants, avec l’exposé des thèses en présence, un développement et une conclusion.

3) La corbeille des enseignements les plus élevés (abhidhamma-piṭaka)


Si les suttā sont destinés à guider le disciple dans sa vie quotidienne et de ce fait partent de la réalité quotidienne, de la vérité conventionnelle (vohāra-sacca) en faisant référence à des personnes et en utilisant des anecdotes, des métaphores, des discussions, l’Abhidhamma, lui, ne traite que de la réalité pure, de la vérité ultime (paramattha-sacca) et remplace de ce fait la terminologie des suttā par une terminologie philosophique précise s’accordant avec l’absence d’essence personnelle et la nature toujours changeante de la réalité.
Les textes de l’Abhidhamma réorganisent donc les principes doctrinaux des suttā dans un cadre systématique qui peut être utilisé pour l'étude de la nature de l'esprit et de la matière ; il s’agit principalement d’une tentative complexe et sophistiquée d'analyse et de classification de tous les constituants d’un individu ; le résultat le plus impressionnant de ces recherches réside dans la construction d’une carte élaborée révélant la complète topographie de la conscience.
La lecture de ces textes est difficile, ce qui leur a donné, à tort, une renommée d’inaccessibilité et d’inutile complexité, décourageant de surcroît les efforts des traducteurs.
Au sein du Theravāda, cette même complexité conféra progressivement à ces textes, avant que les grandes réformes du XIXe siècle ne tentent d’y mettre fin, une fonction ritualiste, voire magique, quasiment basée sur leur seule forme.
Les religieux et les chercheurs contemporains rendent un hommage beaucoup moins formel et beaucoup plus rationnel à l’Abhidhamma : « les caractéristiques qui rendent l’Abhidhamma si important pour les enseignants du Dhamma sont les suivantes : son organisation systématique de la matière doctrinale contenue dans le Sutta-piṭaka ; son usage d’une pensée ordonnée et méthodique ; ses définitions précises des termes techniques et la délimitation de leurs référents ; son traitement des divers sujets et des situations de l’existence depuis le point de vue de la vérité ultime (paramattha) ; sa maîtrise du détail de la doctrine. » 2

Ces « trois Corbeilles » sont complétées par deux catégories de textes.


Les commentaires et sous-commentaires intégrés au Canon


Par fidélité à leur tradition, les Therā ne pouvaient s’octroyer le droit de modifier les textes canoniques ; s’ils avaient quelque chose à expliquer à propos de tel ou tel texte, ils le faisaient dans des commentaires (aṭṭhakathā). La plupart de ces commentaires furent composés jusqu’au Ier siècle de notre ère, puis compilés entre le IVe et le Ve siècle de notre ère  par quatre grands érudits, Buddhadatta, Buddhaghosa, Ānanda et Dhammapāla, qui furent suivis du Xe au XIIe siècles par de brillants sous-commentateurs, comme Anuruddha.


Les textes para-canoniques


Même si la plupart des occidentaux qui étudient le bouddhisme ne sont pas familiarisés avec ces textes (de fait, la plupart n’ont jamais été traduits), ceux-ci ont joué durant des siècles un rôle déterminant dans le développement de la pensée et de la pratique bouddhistes à travers l’Asie ; ils y sont souvent aussi profondément respectés que les suttā eux-mêmes.
L’un des textes les plus connus, une renommée méritée, est le Milindapañha, « Les questions de Milinda ». Cet ouvrage se présente sous la forme d’un dialogue entre un moine nommé Nāgasena et le roi indo-grec de Bactriane, Ménandre (IIe siècle avant notre ère), soucieux de vérifier la solidité des doctrines religieuses de son temps ; le bouddhisme seul parvint à séduire le roi qui se convertit et se fit même renonçant. Si l’historicité de cette rencontre et de cette conversion ne peut être ni prouvée ni infirmée, l’érudition considérable de ses compilateurs, mariée à la simplicité de l’argumentation et à l’utilisation pédagogique systématique de métaphores, firent de ce texte une remarquable anthologie du bouddhisme ancien, qui bénéficiera d’une diffusion dans tous les monastères d’Asie. Il en existe une excellente traduction française.

L’ensemble canonique est d’une taille particulièrement imposante ; l’édition en caractères romains de la Pali Text Society comprend, pour le seul Tipiṭaka, 53 volumes (plus de 15 000 pages) et atteint 279 volumes si l’on inclut les Commentaires, les traductions, les références et les travaux annexes.

 

1Milindapañha II/6/2/n°2
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Venerable Nyanaponika Thera, Abhidhamma Studies

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